Col du Grand Colombier depuis Anglefort à vélo – Le versant de la régularité implacable (1 501 m)
Il n’y a pas de lacets télégéniques. Pas de mur à 22 % pour terroriser les jambes. Pas de falaise calcaire qui donne le vertige. Ce qu’il y a depuis Anglefort, c’est 15,2 kilomètres à 7,9 % de moyenne, dont 8,5 km consécutifs à 9,8 % en forêt, sans répit, sans replat, dans un silence presque complet. Le versant Anglefort est le versant oublié du Grand Colombier – celui que les touristes ignorent, que les cyclistes expérimentés respectent, et que ceux qui ont fait les quatre versants dans la même journée citent systématiquement comme “celui qui fait mal différemment”. C’est le versant de la régularité – et sur un col HC, la régularité peut être aussi brutale que les 21 % d’Artemare.
- 1 501 m d’altitude – versant Anglefort : 15,2 km, 7,9 % de moyenne, 1 205 m de dénivelé, 14 % de pente maximale
- 8,5 km en forêt à 9,8 % de moyenne sans interruption – la section la plus longue et la plus régulièrement difficile des 4 versants
- Très peu fréquenté – la majorité du parcours à l’ombre, route en bon état, 1 à 5 cyclistes par heure
- Après la jonction avec la route de Culoz (878 m) : replat de 2 km à 3 %, puis finale difficile jusqu’au sommet
- Le versant préféré de ceux qui veulent gravir le Colombier seuls, dans le silence, sans spectateurs.
Le versant Anglefort du Grand Colombier en chiffres
Voici les données du versant Anglefort, confirmées par cols-cyclisme.com et les relevés GPS de cyclingup.eu.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Altitude du sommet | 1 501 m |
| Massif | Jura méridional – Bugey (Ain) |
| Point de départ | Anglefort – 296 m d’altitude (D992) |
| Distance depuis Anglefort | 15,2 km |
| Dénivelé positif | 1 205 m |
| Pente moyenne | 7,9 % |
| Pente maximale | 14 % (km 6, section en forêt) |
| Profil dominant | 8,5 km à 9,8 % de moyenne en forêt (km 1–9,5) |
| Catégorie | Hors Catégorie (HC) |
| Fréquentation | 1 à 5 cyclistes par heure – le moins fréquenté des 4 versants |
| Exposition | Majorité du parcours à l’ombre (forêt) – avantage par forte chaleur |
| État de la chaussée | Bon à très bon – revêtement souvent signalé comme “assez moyen” sur les premiers km |
Ce 7,9 % de moyenne est presque identique à celui d’Artemare (8,1 %) – mais le ressenti est radicalement différent. Artemare cache un mur à 21 % derrière une moyenne anodine. Anglefort, lui, tient sa promesse : 9,8 % en moyenne sur 8,5 km de forêt, régulier, exigeant, sans jamais vous surprendre – mais aussi sans jamais vous laisser souffler.
L’ascension depuis Anglefort – kilomètre par kilomètre
On part d’Anglefort (296 m), village tranquille du bord du Rhône dans l’Ain. La D120a part vers le nord-ouest et entre rapidement dans le massif. Dès le premier kilomètre de mise en jambes, la forêt referme ses bras autour de la route – et elle ne les rouvrira pas avant longtemps.
Km 0–1 : la mise en jambes, et déjà sérieux
Le premier kilomètre est le seul qui ressemble à un échauffement progressif. La pente s’installe doucement autour de 7-8 %. Profitez-en : c’est le seul moment de ce versant où vous pouvez encore vous demander si vous avez fait le bon choix. Dès le km 1, la forêt absorbe tout et la pente s’installe à 9-10 % pour ne plus vraiment redescendre avant la jonction avec Culoz.
Conseil tactique : C’est ici, dans le premier kilomètre, que se décide l’ascension. Partez trop fort et les 8,5 km à 9,8 % qui suivent vous feront payer. Trouvez votre rythme de croisière immédiatement et tenez-le – c’est tout ce que le versant Anglefort vous demande. Et c’est déjà beaucoup.
Km 1–9,5 : la forêt, 8,5 km à 9,8 % sans interruption
C’est la signature du versant Anglefort. Une longue section forestière, à l’ombre, régulière, pratiquement sans circulation (1 à 5 cyclistes par heure), dans un silence presque complet coupé par les oiseaux et la respiration. La pente oscille entre 9 et 11 %, avec un passage à 14 % vers le km 6 qui est le seul vrai pic de difficulté de cette section.
Ce que les cyclistes rapportent unanimement sur ce versant, c’est l’absence de repères visuels. Pas de lacets qui permettent de se projeter vers un sommet visible. Pas de vue dégagée sur la vallée pour contextualiser l’effort. Juste la route qui tourne et monte dans la forêt, kilomètre après kilomètre. Mentalement, c’est un défi particulier : il faut s’ancrer dans son effort et résister à l’envie de “voir où on en est”.
Conseil tactique : Dans cette longue section forestière, gérez par blocs de 3 km dans votre tête. “Encore 3 km comme ça” est mentalement plus gérable que “encore 7 km de forêt”. Buvez et mangez régulièrement – la régularité de l’effort fait oublier l’hydratation.
Km 9,5–11,5 : la jonction Culoz, le replat salvateur
À environ 878 m d’altitude, la route d’Anglefort rejoint la route montant depuis Culoz. C’est l’une des rares bonnes nouvelles de ce versant : un replat de 2 km à environ 3 % s’étend ici. Pour ceux qui arrivent depuis Anglefort après 9,5 km à 9-10 %, ce replat est une grâce. Pour ceux qui arrivent depuis Culoz par les lacets, c’est une confirmation qu’ils ont survécu au plus dur.
Ce replat est aussi un point de repère géographique important : vous êtes à mi-chemin en dénivelé mais il reste encore 3 km de montée exigeante jusqu’au sommet. Ne vous laissez pas tromper par la facilité apparente de ces 2 km à 3 %.
Conseil tactique : Sur ce replat, résistez à l’envie d’accélérer. Récupérez activement en pédalant à 60-65 % de FCM. Les 3 derniers kilomètres vont reprendre à 9-11 % – et après 9,5 km en forêt, ils ne sont pas anodins.
Km 11,5–15,2 : la finale, alpages et passages difficiles
Après le replat de jonction, la route reprend de la vigueur. On retrouve des pentes à 9-11 %, avec des passages signalés à 14 % sur le dernier tiers avant “La Sapette” (1 230 m). Au-delà de La Sapette, les derniers kilomètres dans les alpages sont globalement moins sévères – mais à ce stade de l’ascension, “moins sévère” reste relatif.
La bonne nouvelle : dès la sortie de la forêt, le panorama commence à s’ouvrir. La vue sur la vallée du Rhône, le lac du Bourget et les massifs alpins commence à apparaître. C’est la récompense visuelle que la forêt avait soigneusement cachée pendant 10 km. Et au sommet, le panorama à 360° mérite chaque watt dépensé depuis Anglefort.
Conseil tactique : Dans les alpages, le vent peut être fort. Sortez un coupe-vent si nécessaire et ne faites pas l’erreur de sprinter vers le sommet visible – économisez quelques watts pour profiter du panorama debout, pas effondré sur le guidon.
Le versant Anglefort vs les autres – pourquoi il mérite plus de respect
Les cyclistes qui ont fait les quatre versants dans la même journée (pour rejoindre la Confrérie des Fêlés) classent souvent Anglefort comme le troisième ou quatrième versant de leur journée – pas le premier, pas le dernier. C’est révélateur de sa place dans la hiérarchie informelle du Colombier : plus difficile que Lochieu, moins spectaculaire que Culoz, moins extrême qu’Artemare. Mais plus régulièrement exigeant que les deux premiers, et sans la violence ponctuelle du troisième.
Sa caractéristique principale : la régularité à 9-10 % sur 8,5 km forestiers. C’est le versant qui teste la capacité à tenir un effort constant dans la durée, sans aucune fenêtre de récupération. Pour ceux qui s’entraînent sérieusement, c’est un versant de choix pour travailler le seuil. Pour ceux qui découvrent le Colombier, c’est un versant qui mérite d’être abordé avec respect.
Comment préparer le versant Anglefort
Le braquet
Un compact 34 × 28 ou 34 × 30 est suffisant pour un cycliste entraîné sur ce versant. La pente maximale est de 14 % – sévère, mais sans les pics à 20-22 % d’Artemare. Un 34 × 32 est confortable pour la majorité des cyclistes amateurs. L’important ici n’est pas le braquet de “survie” comme sur Artemare, mais le braquet de confort sur la durée – 8,5 km à 9-10 % se gèrent mieux avec une dent de plus qu’on aurait voulu avoir.
Gérer 15,2 km sans replat significatif
- Km 0–1 : mise en jambes à 7-8 %. Seule section “facile”. Trouvez votre rythme maintenant.
- Km 1–9,5 : forêt à 9,8 % de moyenne. Gérez par blocs de 3 km. Restez à 70-75 % de FCM maximum.
- Km 6 : passage à 14 % – le plus dur de la section forestière. Passez en petit plateau, ne forcez pas.
- Km 9,5–11,5 : jonction Culoz et replat 3 %. Récupérez activement. Buvez, mangez.
- Km 11,5–13 : reprise à 9-11 % avec passage à 14 %. Le deuxième test.
- Km 13–15,2 : La Sapette et alpages finaux. Pente plus douce. Profitez du panorama qui s’ouvre.
Ravitaillement et logistique
Anglefort est un village rural – il peut y avoir un commerce, vérifiez avant de partir. Emportez deux bidons depuis Anglefort. La forêt est ombragée, ce qui est un avantage majeur par forte chaleur par rapport à Culoz – mais la sueur reste froide dans la forêt après un effort prolongé : prévoyez un gilet coupe-vent pour la descente ou l’attente au sommet. La Pause du Grand Colombier au sommet est ouverte de mai à octobre.
Ce que vos jambes vont ressentir – le profil psychologique du versant Anglefort
La solitude de la forêt. Le versant Anglefort est le moins fréquenté des quatre : 1 à 5 cyclistes par heure. Cette solitude est une médaille à deux faces. D’un côté, c’est un privilège rare – gravir un col HC dans le silence presque complet, sans croiser personne, sans être dépassé ou dépasser. De l’autre, l’absence de stimulation externe peut rendre les longues sections forestières mentalement épuisantes. Pas de groupes à suivre, pas de moto photographe, pas de spectateur pour vous encourager.
L’absence de repères visuels. Dans la forêt, vous ne voyez ni le sommet ni la vallée. Vous ne pouvez pas mesurer votre progression par rapport à quelque chose d’externe. Le compteur GPS est votre seul allié – et regarder le compteur toutes les 30 secondes est la meilleure façon de ralentir le temps. La solution : bloquer la vue du compteur et gérer à la sensation.
La régularité qui use. Il n’y a pas de moment de “crise” sur le versant Anglefort comme le mur de Virieu sur Artemare. Mais il n’y a pas non plus de moment de répit. La régularité à 9-10 % pendant 8,5 km produit une accumulation de fatigue différente des versants à profil irrégulier – plus progressive, plus profonde, plus difficile à gérer à l’effort.
La sortie de forêt et la récompense. Après 10 km dans les arbres, la sortie de la forêt dans les alpages est une libération. Le panorama s’ouvre brusquement sur les Alpes, le lac du Bourget et le Rhône. C’est le moment où le versant Anglefort révèle ce qu’il cachait depuis le départ.
Les 4 versants du Grand Colombier – tableau comparatif
| Versant | Départ | Distance | D+ | Pente moy. | Pente max. | Caractère |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Sud – Culoz Tour de France | Culoz | 17,4 km | 1 262 m | 7,1 % | 14 % | Irrégulier, 17 lacets spectaculaires, le plus populaire |
| Ouest – Artemare | Artemare | 15,4 km | 1 244 m | 8,1 % | 21 % | Progressif puis mur à 21 % en forêt – le plus difficile |
| Nord-Est – Anglefort Cet article | Anglefort | 15,2 km | 1 205 m | 7,9 % | 14 % | Régulier, 8,5 km à 9,8 % en forêt, peu fréquenté – le versant “oublié” |
| Nord – Lochieu | Lochieu | ~12 km | – | 7 % | 14 % | Le plus accessible des 4 – forestier, peu de trafic |
Pour retrouver la trace GPX de l’ascension depuis Anglefort, consultez notre galerie d’affiches de cols cyclistes.
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FAQ – Grand Colombier depuis Anglefort
Pourquoi le versant Anglefort est-il moins connu que Culoz ?
Le versant Culoz est célèbre pour ses 17 lacets spectaculaires visibles de loin et son rôle dans le Tour de France. Le versant Anglefort est forestier et peu photogénique – il n’offre pas de vue dégagée sur la vallée avant les alpages finaux. C’est le versant des cyclistes qui cherchent le défi technique plutôt que le spectacle visuel, avec 1 à 5 cyclistes par heure contre bien plus sur Culoz.
Le versant Anglefort est-il plus difficile que Culoz ?
Sur le papier, oui légèrement : 7,9 % de moyenne vs 7,1 % pour Culoz, avec une section de 8,5 km à 9,8 % sans interruption contre le profil irrégulier de Culoz. En pratique, c’est une question de préférence : certains cyclistes trouvent la régularité d’Anglefort plus épuisante, d’autres préfèrent souffrir sur 9 km réguliers plutôt que d’encaisser les variations de Culoz.
Quel braquet pour le versant Anglefort ?
Un compact 34 × 28 ou 34 × 30 convient à un cycliste entraîné. La pente maximale est de 14 % – sans les pics à 20-22 % d’Artemare. Un 34 × 32 est confortable pour les amateurs. L’enjeu ici est l’endurance sur la durée, pas la gestion des pointes.
Combien de temps pour monter le Grand Colombier depuis Anglefort ?
Depuis Anglefort, comptez 1 h 20 à 2 h 00 pour un cycliste amateur confirmé. Les témoignages sur cols-cyclisme.com rapportent des temps entre 1 h 20 (bon niveau) et 2 h 10 (allure confortable). La régularité de la pente rend le temps d’ascension relativement prévisible selon votre niveau.
Peut-on combiner Anglefort avec un autre versant dans la même journée ?
Oui – c’est d’ailleurs l’un des versants recommandés en deuxième ou troisième dans la journée pour rejoindre la Confrérie des Fêlés. Un enchaînement Culoz + Anglefort est réalisable pour des cyclistes bien entraînés. La descente depuis le sommet vers Anglefort est signalée comme “dangereuse” par plusieurs cyclistes – préférer la descente vers Culoz ou Lochieu selon votre expérience en descente.
La descente vers Anglefort est-elle dangereuse ?
Elle est signalée comme technique par plusieurs cyclistes habitués du Colombier – pente soutenue, virages serrés, revêtement parfois irrégulier. Si vous n’êtes pas à l’aise en descente sur des pentes à 10-14 %, préférez descendre par Culoz ou Lochieu. La descente vers Culoz offre les lacets célèbres dans l’autre sens – un spectacle à part entière.
Pour aller plus loin
Le versant Anglefort n’est pas dans les guides touristiques. Il n’a pas de lacets photographiés par des milliers de cyclistes chaque été. Il n’a pas de réputation de mur qui terrorise les amateurs. Ce qu’il a, c’est 8,5 km à 9,8 % de moyenne dans le silence d’une forêt, sans spectateurs, sans repères visuels, avec comme seule compagnie la régularité de la pente et le bruit de sa propre respiration.
C’est pour ça que les cyclistes qui l’ont fait citent ce versant avec un respect particulier. Pas de la crainte comme pour Artemare. Pas de l’admiration comme pour Culoz. Plutôt une forme d’estime tranquille pour un versant qui fait son travail sans fioritures – et qui révèle, dans les alpages finaux et le panorama à 360°, que tout ce silence et tout cet effort menaient quelque part.
Le Grand Colombier depuis Anglefort, c’est le versant pour ceux qui n’ont pas besoin de spectateurs pour gravir un HC.
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